La jeune fille du métro.

Elle ressemblait à une indienne blanche, dans la démesure du blanc, sa peau diaphane laissait apparaitre des veines d’un bleu doux qui donnaient à son corps une apparence magique et glaciale. Ses cheveux noirs faisaient encore plus ressortir sa pâleur, la rendant presque irréelle. Elle avait pour habitude de les lier sur un côté, d’une manière joliment négligée et de coincer une plume dans l’élastique. Comme fait exprès et pour ne pas dépareiller avec le reste, ses yeux étaient aussi foncés que ses cheveux, il n’y avait pas une once de couleur, ni marron, ni bleu, ni vert, juste noir, à ne pas en voir la pupille. Ils me faisaient penser à un orage, la nuit, sans couleur mais emplis de sentiments. Elle ne regardait personne, ses yeux s’étaient perdus sur le sol, elle était comme vidée, pantin inanimé plongé dans une solitude terrible. Il n’y avait plus d’espoir dans son regard, juste une ignoble fatalité. La vingtaine, plus de rêves, aucune haine, seulement un abandon. Je l’ai regardé longtemps, assise dans ce métro, à examiner le vide, elle ne m’avait pas vue entrer dans le wagon et je n’avais pas cherché à lui signaler ma présence, avant, je voulais l’observer. Détailler son être entier, comme le photographe muet face à la puissante élégance du fauve dont il doit faire un portrait, rester dans l’ombre, les sens en éveil pour apprécier la beauté pure. Simplement vêtue d’un débardeur blanc et d’un vieux jean, sans maquillage, ni aucuns bijoux, une intruse au milieu de la jeunesse urbaine, parée d’accessoires clinquants. En la regardant dans ce métro, je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’elle était la touche d’innocence dans un tableau de décadence.

1 commentaire:

  1. Je me tâte à dire que c'est de toi U_U Et que c'est magnifique aussi, évidemment, comme tout ce que tu touches.
    On dirait toi cette fille

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