Puis quand c’est le néant, alors je me souviens de toi…

Je me souviens tes yeux, cachés par cette frange. Je me souviens ton petit nez retroussé. Je me souviens de notre haine envers eux, et de notre rêve irréalisable qu’on se plaisait à croire réalisable… Ce matin là, on partira, comme chaque matin, pour se rejoindre, au même endroit que d'habitude. On mimera la routine et pourtant, un immense feu brûlera en nous. Les quelques regards complices qu'on s'échangera témoigneront de tous ces jours de minutieuse préparation, puis on s'éloignera, plus chaleureuse qu'à l'ordinaire, improvisant une excuse pour n'alerter personne. On passera devant ce lieu que j'aime tant pour voir une dernière fois le visage des gens qui ne ferons bientôt plus parti de notre vie, nos regards s'attarderont sur ceux qui nous manquerons vraiment mais on ne s'arrêtera pas, on avancera, d'un pas sûr.  Là, je sentirais ta main serrer la mienne, on n'avait pas besoin de se parler pour se comprendre, on avait décidé d'affronter notre futur, on ne voulait pas d'une vie monotone, juste vivre au jour le jour, sans savoir ce que serais demain. On rejoindra ton scooter, notre voie vers la liberté. Avant de sortir les clés, tu te demanderas si, au bout du chemin, se trouvera l'enfer ou le paradis... Mais la confiance et l'amour qui nous lie te redonneront foi en tes rêves, et parce que nous sommes seul maître de notre destin, tu allumes le moteur. Désormais on ne fera plus marche arrière, on sait que certaines choses nous obstrueront le passage mais ensemble on ne ressent plus la peur. On affronte donc sereinement cet avenir, bien décidé à briser cette chaîne monotone qu'était la vie. Par ce doux mois de mai, le soleil semble filer avec nous sur les routes de ce qui sera à présent, notre ancienne ville, dans l'air frais du matin, serré l'une contre l'autre, heureuses, avec la conviction qu'un jour on reviendra, pour *eux*...

Je me souviens d’absolument tout, tu vois.

On serait parti à l'arrache, ce laissant porter par le vent, overdosé de folie. On aurait divagué dans le monde comme ivres. On aurait suivit les étoiles comme on suit notre cœur. Avec pour seules armes quelques couteaux en plastique et notre amitié. On aurait vécu dans la rue, dans les bars, dans nos rêves, dans des greniers et dans les théâtres. Ce ne sont pas des regrets, mais des souvenirs. Cette nuit j’en ai rêvé, de notre fugue. J’en ai rêvé et tu sais quoi, on y arrivait. C’était beau et on y arrivait. Pour de faux, mais je l’ai vu en vrai, on y arrivait. Tu avais de longs cheveux, couleur corbeaux, bouclés, tombant comme une cascade le long de ton dos. Les miens étaient tels à la rouille, coupés courts, partant dans tous les sens. La maison brûlait, on la regardait. On se regardait. On souriait. C’était notre bonheur avant le départ. Les valises pleines, trop lourdes pour nous, on souriait. On y arrivait.

Tu sais quoi ? En y repensant maintenant, quelques années plus tard et avec les expériences que j'ai eu, je pense que j'étais amoureuse de toi, et si je voulais tant partir seule avec toi, loin, sans rien, c'était parce que je ne te voulais qu'à moi, je voulais être avec toi, chaque jour, chaque nuit. J'pense que oui, je t'aimais, comme une gamine peut aimer une autre fille, je ne m'en rendait pas vraiment compte, mais avec toi, c'était différent qu'avec mes autres amies, je ne te portais pas la même affection. Ce dernier paragraphe restera un secret, je ne pense jamais te révéler ce qu'à l'époque je ressentais pour toi, je ne veux pas ternir tes souvenirs, ni que tu penses que je t'ai manipulé ou menti. Alors oui, ça, je le garderais pour moi, après tout, ça appartient au passé, alors inutile de venir tout chambouler maintenant.

1 commentaire:

  1. Pile avant de lire le dernier paragraphe, je me suis justement demandé si t'étais pas amoureuse d'elle. Bon, je suis vite fait contente que je me trompe pas, pour une fois. Il était beau ce rêve quand même

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